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A mon sens, les trois plus beaux poèmes (francophones).

Charles Baudelaire, l'étranger


Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

 

Guy de Maupassant, la nuit de neige

 

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

 

Henri Thomas, les nuits froides


La lampe longtemps immobile 

Dans un angle de la croisée  

Neige qui brille dans la neige

Clarté qui nait de la clarté

Bougea, d’un mouvement d’étoile

Sur l’horizon de la veillée

 

Quand s’éteignit cette lumière

Une lueur comme dansante

Avec les ombres de la chambre

Mima d'&tranges pantonymes 

Corps à l’envers, sursauts d’abîmes

Au gré des souffles de la nuit

Puis les ombres se refermèrent.

 

Cette lampe changeant de place

Cette rouge lueur, ces ombres

Comme deux mains qui s’entrelacent

En quel hiver les ai-je vus

Je me souviens d’un vent de glace

En quelle nuit, dans quelle rue ?


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