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(2001)
Ceux là, je les avais repéré de loin. Ils venaient un mercredi soir sur deux, depuis quelques mois déjà. Les gens ne se doutent pas de comme ils sont repérables, un truc de dingue.
Elle, toujours habillée chic, tailleur bien coupé et maquillage impeccable. Le grand, trainant des pieds, narguant la planète entière parce qu’il savait lire, donc environ 7 ans, et une veste rouge.
Et le petit dernier, généralement cramponné timide à la main de sa mère.
C’était toujours sur ma pomme, j’étais la seule à commencer si tôt – mais au moins, ils restaient prévisible. Mais voilà, paf. Prévisibles… SAUF aujourd’hui.
Et voilà. Je le savais bien que ça allait arriver, elles font TOUTES ça.
Il était assez grand, le tout petit, le grand jour était venu : il allait commander son Happy Meal tout seul.
Youpi…
Et voilà.
Elle le soulève, à bout de bras, du ras du sol jusqu’à ma hauteur. Junior émerveillé regarde tout autour de lui sans me percuter une seconde.
Je me colle cet obligatoire sourire sur le visage et commence :
- Alors petit, qu’est ce que tu veux dans ton Happy Meal ?
Les immenses yeux se tournent vers moi, je crois y lire un mélange de terreur, d’espoir, d’angoisse, de fierté et de bonheur.
Suit un très, très long silence d’environ 10s, ce qui dans un McDo quand tu es derrière la caisse et que la file s’allonge derrière, même s’il n’est que 18h30, est très, très long.
- « Dfrt »
- Dfrt ?
Je regarde la mère. Elle va m’aider, elle parle forcément couramment le deux-ans, c’est sa mère, quoi !
Mais non, elle ne dit rien, elle encourage son minot en le tenant sous les bras.
- Tu veux dfrt ?
Et là, lumière dans mon cerveau :
- Ah, tu veux des FRITES ! c’est ça ?
Ah, au regard du gosse, j’ai compris. Un point pour moi.
N’empêche, ça y est, j’ai ma caisse qui clignote, « grouille-toi, grouille-toi, grouille-toi ».
- Et pour le sandwich, hamburger-cheese-fish-ou-nuggets ?
Nouveau silence.
- Alors ?
- Dfrt ? me repète-t-il alors, ravi et très heureux- dans ses yeux, la terreur a disparu.
Dans les miens, elle s’allume.
- Tu as déjà des frites, tu veux quoi comme sandwhich petit, hamburger-cheese-fish-ou-nuggets ?
Je sais, oui.
il répond Dfrt, évidemment.
Moment de solitude.
Cette fois, c’est le frère qui vient à mon secours : « on veut des hamburgers mais moi je veux des nuggets à la place ».
Allez, allez, je vais y arriver.
Déjà 45s sur cette commande. Je prends du retard. Je vais me faire épingler ce soir.
La mère, c’est pas sorcier, elle veut sa salade sans la sauce, et son « Eau d’évian », avec un McFlurry -parce que ça, quand même, elle se l’accorde.
Elle me confirme que les deux petits prennent du coca. « Oui, les deux petits », elle répète devant ma moue (pourtant voulue discrète), parce que ce que j’en pense, moi, c’est qu’à cet âge-là on n’est pas sensé boire du coca.
Bon bref, ok, MacDo j’aime pas trop ça mais faut bien payer ses études et je confirme, je déteste les gosses !
- Tenez les enfants, voilà vos plateaux, bon appétit !
Allez, chieur – non – client- suivant.
(2012)
J’ai n’ai pas pu m’en empêcher.
J’ai regardé, brièvement, la serveuse, en lui souriant.
Je ne sais pas si elle a compris tout ce que je voulais lui transmettre : « bon courage, désolée, je comprends, je te jure, mais… tant pis pour toi ».
Et j’ai hissé mon p’tit gars sur le comptoir.
« Alors bonhomme, tu lui dis à la dame ce que tu veux dans ton Happy Meal ? »