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Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /Mai /2010 18:22

Chaleur, les fruits dehors éclatent, trop mûrs, et tombent jusqu’au sol, où les insectes aux lourdes trompes, hargées de nectar et pollens, s’enivrent, volant de travers tant leur corps paresseux est difficile à mouvoir. Les champs de blé n’ondulent plus, le vent a fui la région, mais restent secoués d’un incessant refrain : les sauterelles et les cigales s’égosillent ; elles sont seules à trouver la force de chanter encore, au murmure du ruisseau, agonisant - l’ombre légère des feuillus le dissimule un rien aux impitoyables rayons obliques.


Comme il n’y a point de vent pour renouveler l’air moite, tous les arômes stagnent, se mêlent et se mélangent : le parfum qui résulte de cette chimie naturelle résume à lui seul les vergers encombrés, la forêt fraîche et calme et l’odeur forte des bovins rassemblés sous les branches, dont la queue seule, d’un placide mouvement de va et vient, indique qu’ils sont encore vivants. La poitrine du vieux chien avachi sous le tronc bienfaisant du chêne se soulève très lentement, ses pattes s’agitent à la poursuite  d'une proie vive fictive ; il rêve, tout comme les grands-parents  sur leurs chaises-longues, leurs mains sèches et frêles encore serrées l’une dans l’autre. 


Paresseusement, la fourrure certainement bouillante, le chat vient de quitter l’escalier de pierre grise pour s’installer dans l’étable; là le foin tiède et moelleux cache les cinq petits de la chatte, entassés ronronnants contre le flan de leur mère, boule de poils gluants qui, la nuque  pleine de paille, ne cèsse de guetter la cache des souris.

 

Tous dorment, à l’exception des quatre enfants et de leur jeune tante : calmes, dans la cuisine, sans réveiller le cinquième qui sommeille dans le berceau de bois ; ils épluchent, puis dénoyautent, puis tranchent en petits carrés, puis écrasent et battent les fruits cueillis tôt ce matin dans une casserole en fer blanc, n’ayant pour notion de temps que le tic-tac assourdi de l’horloge. Là, dans l’impénétrable salon, leurs parents digèrent les volailles du repas, allongés sur le canapé dont plusieurs étés ont quelques peu altéré les couleurs.

 

Alors, entre les quatre murs et les deux grandes fenêtres aux volets de noyer, bienviellants remparts contre la canicule, toute la magie du dehors se retrouve peu à peu confinée dans les pots de

verre de la cuisine, confitures encore tièdes. Ensemble, fiers, dans un rire rêveur comme gourmet, les enfants, ravis, essuient leurs figures barbouillées de sucre coloré de leurs minuscules mains poisseuses et collantes ; devant leurs mines intéressées, leur tante applique lentement sur chaque pot une étiquette blanche au nom du fruit. Dans les yeux des enfants se devine déjà le moment où, cet automne, quand la pluie, dehors, cond amnera toute promenade, ils tremperont leurs doigts empressés dans ces puits de saveurs, et, ils ne le savent pas encore, de souvenirs. Alors, toutes les saveurs volées aux chaleurs se répandront sur leurs langues comme s’ils croquaient encore, déjà, dans la chair fondante et sucrée des symboles juteux de leurs vacances …

Par eveeiram.over-blog.com - Publié dans : Nouvelles
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